
Créé par d’anciens journalistes de Libération, le site est devenu, en cette fin de décennie, un média incontournable et l’une des vitrines françaises de l’information du net. Malheureusement, Rue89 perd parfois l’équilibre sur la corde du journalisme alternatif et tombe de temps à autres dans la qualité alternative.
Lancé en mai 2007, Rue89 a été une petite révolution dans l’océan d’information dans lequel on se noie souvent. Je le dit fièrement et ne m’en cache aucunement malgré mon héritage politique familial : j’ai tout de suite été séduit par le packaging Rue89 et ai convertit certains de mes semblables à la soupe quotidienne de l’information pseudo réactionnaire. Bilan après deux ans de lecture, la soupe est train de refroidir.
2009, mauvaise année pour Rue89
Le client s’y perd, le site accueille de plus en plus de publicité et autres boutiques en lignes (sweat-shirt “Casse-toi pauv’ con”, c’est vous dire si le consommateur s’élève dans l’affirmation de ses convinctions politiques) détruisant la politique affichée du “on est libre, pas d’actionnaires, peu d’annonceurs …”. Aujourd’hui, le site est plus dans le “sponsorisez à votre échelle votre site préféré pour nous aider à survivre, vive la presse libre, non à la loi du pognon”. Comment as-tu pu me faire ça ? Toi, sur qui j’ai passé des heures, toi sur qui j’ai commenté, réfléchi et débattu avec une dévotion que l’on ne retrouve plus que chez les communistes de l’après-guerre.
Comment Rue89 peut vous décevoir
Il est 8h (si vous êtes patron) ou 8h30 (si vous êtes en retard), nous sommes arrivés au bureau. On met sa petite pièce dans la machine à café et on appuie sur le bouton “Double double-expressso”, parce qu’on est Français et qu’aller au boulot, c’est plus une obligation plus qu’autre chose : “Oulaah … c’est du café d’Ethiopie, je viens d’exploiter 18 noirs sans le savoir. Aller, je vais me faire un petit Rue89 pour me déculpabiliser”. Le café est tout de suite un peu plus amer : vous venez de vous faire insulter par une information. L’article intitulé : “Qui sont vraiment les fils de pub” vous fait déglutir plus rapidement. que prévut. Le jeu de mot est proche de la déjection canine et le sujet tente de détruire un cliché qui n’appartient qu’à la masturbation intellectuelle populaire anticapitaliste de fermeture de discothèque, réduisant le lectorat au punk anarchiste énervé.
L’information qui vous enferme
C’est précisément cette information partisane vide d’originalité et pauvre de débat que me détourne de l’information alternative. Quand en page d’accueil nous avons : “En France, où trouver des riches ?” sur Eco89, nous sommes plus proche de l’article d’été sur les Francs-maçons que du site d’information alternative. De plus, ce genre d’article enferme le lecteur dans une psychose sociale : il se sent pointé du doigt ou il se sens trahit et écarté par la redistribution des richesses.
Je suis vraiment attristé par cette baisse de régime. Certes nous sommes sur un média de gauche, mais tout de même, se poiler entre rouges sur les vidéos du collectif Sauvons les Riches … On connait déjà l’issue du sujet qui ne fait pas avancer le débat (sachant qu’il n’y en a pas), et on se sent plongé dans un blog de collégien engagé.
Bref, ne crachons pas dans la soupe (bien qu’en ce moment se soit plutôt du bouillon), Rue89 reste un média de qualité offrant une information alternative. Le site est un complément nécessaire à une alimentation saine d’informations quotidiennes. Mais comme dans toutes les digestions, il y parfois des choses que l’on regrette.
Pour aller plus loin
Rue89
Eco89
L’anti-sarkozysme, un business
Mots-clefs : Information, Média, Rue89
31 octobre 2009 à 09:12 |
Bonjour,
Je vous trouve un peu dur. Je ne crois pas qu’on se “poile entre rouges”. L’article sur les fils de pub (l’expression est de Séguéla) s’attaquait à des idées reçues. Hier, un entretien avec un chercheur spécialiste des souffrances patronales a suscité un débat intéressant. Nous avons aussi donné la parole à ceux qui défendaient le système des bonus, à ceux qui pensaient que les parachutes dorés ou les paradis fiscaux étaient des boucs émissaires…
Je ne crois pas que la soupe Rue89 ait refroidi. Je préfère penser qu’on y trouve maintenant des veloutés, des bisques, des gaspachos rafraichissants…
Merci en tout cas de rester un lecteur exigeant.
Amicalement,